SCPI · par Arnaud — Simupatri

SCPI : faut-il s'inquiéter de la liquidité en 2026 ?

La liquidité des SCPI, c’est la question de 2026

Depuis deux ans, un sujet a pris le pas sur tous les autres dans l’univers des SCPI : non pas le rendement, mais la capacité à récupérer son argent. Des épargnants voient leur demande de retrait s’étirer sur des mois, parfois plus d’un an — au point que l’AMF a dû rappeler publiquement les règles de fonctionnement des retraits.

Disons-le d’emblée pour éviter les caricatures : il ne s’agit ni d’un krach, ni d’un blocage généralisé. Les derniers chiffres montrent même une stabilisation. Mais la liquidité d’une SCPI n’est pas un acquis : elle dépend de l’équilibre entre ceux qui veulent entrer et ceux qui veulent sortir. Voici, chiffres officiels à l’appui, comment elle fonctionne, où elle en est vraiment, et les réflexes à avoir avant d’acheter ou de vendre.

Où en est le marché : les chiffres du 1er trimestre 2026

Selon les statistiques ASPIM-IEIF publiées le 18 mai 2026, le marché se stabilise sans être pleinement assaini :

Indicateur (SCPI)ValeurLecture
Collecte nette T1 20261,155 Md€ (+10 % sur un an)La collecte est repartie
Collecte nette 2025 (rappel)4,6 Md€ (+29 % vs 2024)Reprise confirmée sur l’année
Parts en attente au 31/03/20262,44 Md€, soit 2,75 % de la capitalisationEn recul d’environ 14 % sur le trimestre
Parts en attente fin 2025 (rappel)~2,79 Md€, soit ~3,14 % de la capitalisationLe pic semble passé
Taux de distribution moyen 20254,91 % (+0,19 pt vs 2024)De 4,2 % (résidentiel) à 6 % (diversifiées)

Deux messages se dégagent. D’abord, le stock de parts en attente diminue : 2,44 Md€ fin mars contre 2,79 Md€ fin 2025. Ensuite — et c’est la nuance essentielle — une partie de cette baisse n’est pas une amélioration de la liquidité, mais une conséquence des suspensions : quand une SCPI suspend la variabilité de son capital, les demandes de retrait en attente sont annulées et basculées sur un marché secondaire. Le stock « sort » des statistiques sans que les porteurs aient été remboursés au prix de retrait.

Comment fonctionne (vraiment) la liquidité d’une SCPI à capital variable

La plupart des SCPI sont à capital variable. Le principe :

Vous sortez en adressant une demande de retrait à la société de gestion. Elle n’est honorée que s’il existe, en face, une souscription nouvelle d’un montant équivalent. Tant que la collecte dépasse les retraits, la liquidité est fluide. Dès que les retraits dépassent les souscriptions, une file d’attente se forme.

Trois points de droit, rappelés par l’AMF, sont essentiels à comprendre :

  1. Les demandes de retrait n’ont pas de durée de validité. Contrairement à un ordre de vente sur le marché secondaire (valable 12 mois, prorogeable jusqu’à 24), une demande de retrait reste inscrite indéfiniment tant qu’elle n’est pas exécutée — vous n’avez pas à la renouveler (AMF, 19/02/2025).
  2. Les retraits sont exécutés par ordre chronologique d’inscription au registre. Votre rang peut toutefois sembler « bouger » lorsque des demandes antérieures à la vôtre sont régularisées ou réajustées.
  3. Le prix de retrait est encadré : prix de souscription diminué de la commission de souscription. Vous ne sortez donc pas « au prix du marché » mais à un prix administré — d’où l’importance de surveiller l’écart entre prix et valeur de reconstitution.

Quand ça se grippe : la suspension de la variabilité du capital

Lorsque les retraits s’accumulent durablement, la société de gestion peut suspendre la variabilité du capital. La SCPI fonctionne alors comme une SCPI à capital fixe : pour sortir, il faut trouver un acheteur sur un marché secondaire de confrontation, à un prix fixé par l’offre et la demande — fréquemment décoté par rapport au prix de souscription.

Ce mécanisme est encadré et surveillé (AMF, dépositaire, conseil de surveillance, commissaire aux comptes). Le règlement général de l’AMF prévoit notamment que, si les parts en attente dépassent 10 % du capital pendant 12 mois, la société doit en informer l’AMF et convoquer une assemblée générale extraordinaire pour statuer sur la suspension et l’organisation d’un marché secondaire (art. 422-205 et s. du RG AMF ; art. L. 214-93 du code monétaire et financier).

Ce n’est pas un cas d’école : selon l’ASPIM, huit SCPI ont annoncé la suspension de la variabilité de leur capital au cours du seul 1er trimestre 2026. C’est même ce qui explique, mécaniquement, une bonne partie du recul des parts en attente du trimestre.

⚠️ À retenir : une suspension n’est pas une faillite, mais elle transforme votre liquidité. Vous passez d’un retrait à prix administré (avec file d’attente) à une vente à prix de marché (avec décote possible). Le capital n’est pas perdu, mais la sortie devient plus longue et/ou plus coûteuse.

Le rôle des taux : comprendre d’où vient la tension

La crise de liquidité des SCPI n’est pas tombée du ciel. Elle découle de la remontée des taux de 2022-2023 : la hausse du coût de l’argent a fait décompresser les valorisations immobilières (surtout les bureaux), plusieurs SCPI ont baissé leur prix de part, et une partie des épargnants a voulu sortir — créant les files d’attente.

En 2026, le contexte se détend : la BCE a maintenu ses taux directeurs et les taux longs (OAT) se sont stabilisés. Cette accalmie explique le retour de la collecte et le reflux (partiel) des parts en attente. Mais la prudence reste de mise : un nouveau choc de taux raviverait la tension, et toutes les SCPI ne sont pas logées à la même enseigne.

Ce qui nuance : toutes les SCPI ne se valent pas

Le chiffre de marché (2,75 % de parts en attente) masque une forte hétérogénéité. Quelques repères pour distinguer les situations :

  • Les SCPI jeunes, sans stock historique d’actifs chers, n’ont souvent aucune part en attente : leur collecte récente dépasse largement les retraits. À l’inverse, certaines SCPI de bureaux constituées au pic 2019-2021 concentrent l’essentiel des difficultés.
  • Le ratio collecte/retraits d’une SCPI est plus parlant que la moyenne du marché : une collecte nette positive et régulière finance les sorties.
  • L’écart prix / valeur de reconstitution signale si le prix de part est « tenu » artificiellement. Un prix supérieur à la valeur de reconstitution a supprimé son coussin de sécurité (c’est le cas que nous avons documenté sur Pierval Santé).
  • La concentration de la collecte est révélatrice : l’essentiel des souscriptions se dirige vers un petit nombre de véhicules récents et diversifiés, plutôt que vers l’ensemble du marché. Une collecte dynamique sur une SCPI récente n’augure donc pas de la santé de toutes.

La position de Simupatri

La liquidité d’une SCPI n’est jamais garantie : c’est le premier risque, avant même le rendement. Notre lecture en 2026 :

  • Ne pas paniquer : le marché se stabilise, et une part en attente n’est pas une perte en capital.
  • Ne pas généraliser non plus : la moyenne de marché ne dit rien de votre SCPI. Regardez ses parts en attente, son ratio collecte/retraits et son écart prix / valeur de reconstitution, trimestre après trimestre.
  • Diversifier entre plusieurs SCPI (et secteurs : santé, logistique, diversifiées européennes…) plutôt que de concentrer sur un seul véhicule.
  • Caler son horizon : la SCPI est un placement de long terme (8 ans et plus). Si vous pouvez avoir besoin de votre argent à court terme, ce n’est pas l’enveloppe adaptée.

🎯 Avant d’acheter ou d’arbitrer une SCPI, faites le point. Nos conseillers analysent la liquidité réelle de vos lignes (parts en attente, collecte, valeur de reconstitution) et la cohérence avec votre horizon.

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📚 Sources & références

Données de marché

Cadre réglementaire (liquidité et retraits)

⚠️ Cet article est à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Investir en SCPI comporte un risque de perte en capital et un risque de liquidité : le capital et les revenus ne sont pas garantis, et la revente des parts n’est ni garantie ni immédiate. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Faites valider votre projet avec un conseiller avant toute décision.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une part de SCPI « en attente de retrait » ?

Dans une SCPI à capital variable, vous sortez en demandant le retrait de vos parts à la société de gestion. Ce retrait n'est exécuté que s'il existe une souscription nouvelle pour le compenser. Quand les souscriptions ne suffisent pas, votre demande reste inscrite dans un registre, par ordre chronologique : vos parts sont « en attente de retrait » jusqu'à ce qu'une contrepartie se présente.

Une demande de retrait de SCPI a-t-elle une date d'expiration ?

Non. L'AMF a rappelé en février 2025 que, contrairement à un ordre de vente sur le marché secondaire (valable 12 mois, prorogeable), une demande de retrait sur une SCPI à capital variable n'a pas de durée de validité : elle reste inscrite tant qu'elle n'est pas exécutée ou annulée par le porteur. C'est protecteur, mais cela n'accélère pas la sortie.

Que se passe-t-il quand une SCPI suspend la variabilité de son capital ?

Le marché primaire (souscriptions/retraits au prix fixé par la société) s'arrête : la SCPI fonctionne alors comme une SCPI à capital fixe. Pour sortir, vous passez par un marché secondaire de confrontation des ordres d'achat et de vente, à un prix déterminé par l'offre et la demande — souvent décoté. Huit SCPI ont pris cette mesure au seul 1er trimestre 2026 selon l'ASPIM.

Le marché des SCPI va-t-il mieux en 2026 ?

Les chiffres ASPIM du 1er trimestre 2026 montrent une stabilisation : collecte nette de nouveau positive (1,155 Md€, +10 % sur un an) et parts en attente en recul de ~14 % à 2,44 Md€ (2,75 % de la capitalisation). Mais l'amélioration tient en partie aux suspensions de capital qui « purgent » les registres ; la liquidité reste donc à surveiller, SCPI par SCPI.