Patrimoine · par Arnaud — Simupatri

Pourquoi les prix de l'immobilier sont autant montés en France ?

🎬 Vidéo · 9:50

Le vrai moteur caché de la hausse de l’immobilier français

Si je vous demande pourquoi les prix de l’immobilier sont autant montés en France depuis 25 ans, vous allez probablement me parler du marché, de l’offre et de la demande, du manque de logement. Vous aurez partiellement raison.

Cet article démontre, chiffres à l’appui, qu’il existe un moteur caché qui pèse plus que tous les autres réunis. Et qui change complètement la façon dont on doit penser ses décisions patrimoniales aujourd’hui.

Spoiler en une ligne : ce moteur, ce n’est ni l’offre, ni la démographie, ni les terrains. C’est le crédit immobilier. Et il est aujourd’hui à bout de course.

Une source neutre : Jacques Friggit

Pour comprendre ce qui s’est passé, on a besoin de quelqu’un de neutre. Pas d’un agent immobilier qui veut vous vendre un bien. Pas d’un banquier qui veut vous prêter de l’argent. Une référence qui n’a rien à perdre ni à gagner.

Cette référence existe. Elle s’appelle Jacques Friggit, ingénieur général de l’État. Il observe les prix immobiliers français depuis plus de 20 ans. Ses séries de données sont en accès libre et gratuit sur le site du ministère du Logement.

Et surtout, Friggit dispose de la série de données la plus longue qui existe au monde sur l’immobilier :

  • Depuis 1200 pour Paris
  • Depuis 1800 pour le territoire français entier

Huit siècles de données chiffrées. Quand Friggit nous dit quelque chose sur l’immobilier, on l’écoute.

Le tunnel de Friggit : 35 ans de stabilité, puis le décrochage

Le tunnel de Friggit, c’est le rapport entre les prix immobiliers et les revenus des ménages, observé sur très longue période. Il se lit ainsi :

  • Rapport = 1 → les prix montent au même rythme que les salaires
  • Rapport > 1 → les prix montent plus vite que les salaires. L’immobilier devient plus cher en proportion de ce qu’on gagne.

De 1965 à 2000 : 35 ans de stabilité parfaite

Pendant 35 ans, le rapport reste dans une fourchette étroite : entre 0,9 et 1,1. C’est ça, le tunnel de Friggit. Une stabilité quasi mécanique entre prix et revenus, sur trois décennies et demi.

À partir de 2000 : le décrochage

Tout bascule. Le rapport monte :

AnnéeRapport prix/revenus
1965-20000,9 – 1,1 (tunnel stable)
20051,5
20201,7
20261,6

Aujourd’hui, le rapport est à 1,6, soit 60 % au-dessus de la norme historique sur 35 ans. Ce n’est pas un petit accident conjoncturel — c’est une anomalie historique structurelle.

Le piège des chiffres : 3 mesures à ne pas confondre

Avant d’expliquer le pourquoi, un point critique sur les chiffres, là où beaucoup de journalistes se trompent.

Mesure 1 : les prix nominaux

Selon l’INSEE, les prix de l’immobilier ancien en France métropolitaine ont été multipliés par 2,3 entre 2000 et 2026, soit +130 % en 25 ans. C’est ce qu’un propriétaire voit sur son compte en banque à la revente.

Mesure 2 : les revenus

Sur la même période, le revenu disponible brut par ménage a augmenté de +40 % en euros constants (source INSEE / comptes nationaux). On gagne plus en 2026 qu’en 2000, mais nettement moins que ce que les prix sont montés.

Mesure 3 : le rapport — l’indicateur officiel

C’est le seul qui mesure vraiment le décrochage. Et attention au piège mathématique : on ne calcule pas l’écart en soustrayant les pourcentages.

Faux : 130 − 40 = 90 % de décrochage ✅ Vrai : indice prix 230 ÷ indice revenus 140 = 1,6 (soit +60 % de décrochage)

C’est cette anomalie de +60 % qu’il faut expliquer.

Comment les ménages ont fait, malgré ce décrochage

La question logique : comment les Français ont-ils pu acheter des biens dont le prix a décroché à ce point par rapport à leurs revenus ?

La réponse tient en trois mots : les conditions de crédit. Et plus précisément, trois moteurs combinés.

Moteur 1 : l’allongement des durées de prêt

AnnéeDurée moyenne d’un prêt immobilier
196710 ans
1973 (post 5ᵉ plan De Gaulle/Pompidou)14 ans
199814 ans (stagnation 25 ans)
202621 ans

La durée a doublé en 60 ans, en deux phases distinctes :

  • 1965-1973 : décision politique pour solvabiliser les ménages. La durée passe de 10 à 14 ans.
  • 1973-1998 : stagnation. Les taux sont trop élevés (jusqu’à 16 % en 1982), personne ne peut se permettre des durées plus longues.
  • 2000-2026 : explosion. La durée passe de 14 à 21 ans en 25 ans, sous l’effet de la concurrence bancaire et de la baisse des taux.

Pourquoi c’est central : à mensualité constante, plus la durée est longue, plus on peut emprunter — donc plus les prix peuvent monter sans que les ménages “voient” la différence sur leur budget mensuel.

Moteur 2 : la baisse historique des taux

AnnéeTaux moyen d’un crédit immobilier
19958 %
20054 %
20211,1 % (record absolu)
20263-3,5 %

À mensualité constante, quand le taux passe de 8 % à 1 %, votre capacité d’emprunt double. Vous pouvez acheter un bien deux fois plus cher pour la même mensualité.

C’est mécanique, indiscutable. Et c’est le moteur le plus puissant des trois.

Moteur 3 : l’assouplissement des règles bancaires

Avant 2000, les règles étaient strictes :

  • 33 % maximum d’endettement
  • 10 % d’apport minimum

Entre 2003 et 2023, ces règles ont été progressivement assouplies :

  • Endettement monté à 35 % puis 45 % — parfois sans apport du tout
  • Apparition de prêts in fine (vous ne remboursez que les intérêts pendant 15 ou 20 ans)
  • Prêts à taux progressifs (mensualité faible au début, puis qui montent)
  • Garanties hypothécaires assouplies

Tous ces produits ont gonflé la capacité d’achat des ménages au-delà de ce que leurs revenus permettaient strictement.

L’effet multiplicatif : capacité d’emprunt doublée

Les trois moteurs se combinent en effet multiplicatif, pas additif :

LevierÉvolution 1995 → 2021
Tauxdivisés par 8 (8 % → 1 %)
Duréemultipliée par 1,5 (14 → 21 ans)
Règlesassouplies (33 % → 45 % d’endettement)
Effet combinéCapacité d’emprunt quasiment doublée

Et comme le nombre de logements n’a pas doublé en parallèle (la France n’a pas construit deux fois plus en 25 ans), les prix ont absorbé tout cet excédent de capacité d’achat.

Décomposition des 130 % de hausse

Sur les +130 % de hausse nominale entre 2000 et 2026 :

ComposanteContribution
Hausse réelle des revenus≈ 40 points
Décrochage Friggit (excès non justifié par les revenus)≈ 90 points

Et selon Friggit lui-même, au moins la moitié de ces 90 points de décrochage vient des conditions de crédit (taux + durée + règles bancaires). Le reste se répartit entre anticipations, comportements d’épargne et effets démographiques.

Le moteur principal, celui qui pèse le plus, c’est le crédit.

Le constat qui change tout

Ce qu’il faut retenir, à graver pour vos décisions patrimoniales :

Pendant 25 ans, majoritairement, c’est le crédit qui a porté l’immobilier français. Pas un enrichissement réel de l’économie. Pas une explosion démographique. Pas une raréfaction soudaine des terrains.

Et les trois moteurs du crédit sont aujourd’hui à bout :

MoteurÉtat en 2026
Baisse des tauxÀ l’arrêt — taux remontés à 3-3,5 %. Pas de retour sous 1 % sans déflation profonde.
Allongement des duréesPlafonné à 25 ans par le HCSF depuis 2022. Marge limitée.
Assouplissement des règlesResserrement HCSF — endettement plafonné à 35 %, contrôles renforcés.

Les trois leviers qui ont multiplié la capacité d’emprunt n’ont plus de marge de manœuvre. La question évidente devient :

Si les moteurs qui ont porté l’immobilier sont en panne, est-ce que ça peut continuer à monter ?

La réponse honnête : oui et non

C’est plus complexe qu’on ne le pense. La question mérite une analyse approfondie sur plusieurs angles, qui font l’objet d’une série de 5 vidéos :

  1. Cette analyse-ci : pourquoi ça a monté autant — et pourquoi les moteurs sont à bout.
  2. Les 4 raisons sérieuses pour lesquelles l’immobilier va continuer de monter malgré tout.
  3. Les 4 raisons sérieuses pour lesquelles l’immobilier pourrait stagner ou baisser sur 20 ans.
  4. L’immobilier professionnel réagit-il pareil que le résidentiel ?
  5. Quelle stratégie immobilière est faite pour vous, selon votre profil, votre capital et votre temps ?

Cette série vise à donner les éléments objectifs pour décider en connaissance de cause, pas à pousser une thèse ou une autre.

Et concrètement, pour vos décisions ?

Quoi qu’il arrive sur le marché global, votre décision personnelle dépend de chiffres concrets : votre apport, votre capacité d’emprunt, votre TMI, votre horizon, le bien visé. Un investissement peut être pertinent même dans un marché qui stagne, si la rentabilité locative et la fiscalité sont bien calibrées.

Le simulateur Simupatri permet de poser ces chiffres et de comparer côte à côte les principales stratégies :

À retenir : peu importe ce qui s’est passé sur le marché global, ce qui compte pour votre projet, c’est vos chiffres et votre situation. Tout le reste est du contexte.

Transcript intégral de la vidéo

Si je vous demande pourquoi les prix de l'immobilier ont autant monté en France depuis 25 ans, vous allez probablement me parler du marché, de l'offre et de la demande, du manque de logement. Vous aurez partiellement raison. Mais aujourd'hui, je vais vous montrer qu'il existe un moteur caché qui pèse plus que tout le reste réuni, et ça change complètement la façon dont on doit penser l'immobilier.

Qui est Jacques Friggit

Pour comprendre, on a besoin de quelqu'un de neutre. Pas d'un agent immobilier qui veut vous vendre un bien, pas d'un banquier qui veut vous prêter de l'argent. Quelqu'un de neutre.

Cette personne s'appelle Jacques Friggit. Ingénieur général de l'État, il observe les prix immobiliers français depuis plus de 20 ans. Ses séries sont en accès libre et gratuit. Et surtout, il dispose de la série de données la plus longue de l'histoire qui existe : depuis 1200 pour Paris, depuis 1800 pour le territoire entier. Quand Friggit nous dit quelque chose sur l'immobilier, on l'écoute.

Le tunnel de Friggit

Le tunnel de Friggit, c'est le rapport entre les prix immobiliers et les revenus des ménages.

- Si le rapport est à 1, les prix montent au même rythme que les salaires. - Si le rapport monte au-dessus de 1, les prix montent plus vite que les salaires. L'immobilier devient plus cher en proportion de ce qu'on gagne.

De 1965 à 2000, pendant 35 ans, le rapport reste extrêmement stable, dans une fourchette étroite entre 0,9 et 1,1. C'est ce qu'on appelle le tunnel de Friggit. Pendant 35 ans, l'immobilier suit fidèlement les revenus.

À partir des années 2000, décrochage. Le rapport explose : 1,5 en 2005, 1,7 en 2020. Aujourd'hui on est encore à 1,6, soit 60 % au-dessus de la norme historique. Ce n'est pas un petit accident, c'est une anomalie historique par rapport à 35 ans de stabilité.

3 mesures à ne pas confondre

Trois mesures à distinguer absolument :

1. Les prix nominaux. Selon l'INSEE, les prix de l'immobilier ancien en France métropolitaine ont été multipliés par 2,3 entre 2000 et aujourd'hui, soit +130 % en 25 ans. C'est ce qu'un propriétaire voit sur son compte en banque à la revente.

2. Les revenus. Sur la même période, le revenu disponible brut par ménage a augmenté d'environ +40 % en € constants (source INSEE et comptes nationaux). On gagne plus en 2026, mais moins que ce que les prix ont monté.

3. Le rapport entre les deux — l'indicateur officiel de Friggit.

Attention au piège mathématique. On ne calcule pas l'écart en soustrayant les pourcentages. 130 − 40 = 90, ça n'a aucun sens. Le bon calcul, c'est de diviser les indices : indice prix 230 / indice revenus 140 = 1,6. C'est là le vrai décrochage. Le rapport prix/revenus aujourd'hui est 60 % au-dessus de la norme historique.

Comment les ménages ont fait ? La réponse en trois mots : les conditions de crédit.

Les 3 moteurs depuis 2000

Moteur 1 : l'allongement des durées.

En 1967, la durée moyenne d'un prêt immobilier en France, c'était 10 ans. Aujourd'hui, c'est 21 ans. La durée a doublé en 60 ans.

Cet allongement s'est fait en deux temps. D'abord entre 1965 et 1973, sous l'impulsion du 5ᵉ plan sous De Gaulle puis Pompidou. Décision politique pour solvabiliser les ménages. La durée passe de 10 à 14 ans.

Puis 25 ans de stagnation, de 1973 à 1998 — les taux étaient trop élevés (jusqu'à 16 % en 1982), personne ne pouvait se permettre des durées plus longues.

À partir de 2000, explosion : la durée passe de 14 à 21 ans en 25 ans. Concurrence bancaire et baisse des taux.

Pourquoi c'est important : à mensualité constante, plus la durée est longue, plus on peut emprunter, donc plus les prix peuvent monter.

Moteur 2 : la baisse des taux.

En 1995, le taux moyen d'un crédit immobilier en France était de 8 %. En 2005, 4 %. En 2021, un peu plus de 1 % — un record absolu, jamais vu dans l'histoire.

À mensualité constante, quand le taux passe de 8 % à 1 %, votre capacité d'emprunt double. Vous pouvez acheter un bien deux fois plus cher pour la même mensualité.

Moteur 3 : l'assouplissement des règles bancaires.

Avant 2000 : 33 % maximum d'endettement, 10 % d'apport minimum. Entre 2003 et 2023, les banques ont laissé monter à 35-45 % d'endettement, parfois sans apport. Apparition de prêts in fine, prêts à taux progressifs — produits qui ont gonflé encore la capacité d'achat.

L'effet multiplicatif

Les trois ensemble créent un effet multiplicatif. Taux divisés par 8, durée multipliée par 1,5, ratios assouplis : capacité d'emprunt quasiment doublée à partir de 2000, sans que les revenus aient bougé d'autant. Et comme le nombre de logements n'a pas doublé en parallèle, les prix ont absorbé tout cet excédent de capacité d'achat.

Décomposition des +130 %

Sur les 130 % de hausse nominale entre 2000 et 2026 : - Environ 40 points viennent de la hausse des revenus eux-mêmes. C'est normal, c'est la richesse réelle qui monte. - Les 90 points restants : c'est le décrochage Friggit. L'excès non justifié par le revenu.

Selon Friggit lui-même, la moitié au moins de ce décrochage vient des conditions de crédit (taux + durée + règles). Le reste : anticipations, comportements d'épargne, effets démographiques. Mais le moteur principal, c'est le crédit.

Le constat qui change tout

Majoritairement, c'est le crédit qui a porté l'immobilier français pendant 25 ans. Pas un enrichissement réel de l'économie, pas une explosion démographique, pas une raréfaction soudaine des terrains.

Et les trois moteurs du crédit sont aujourd'hui à bout : - Les taux ne descendront pas en dessous de 1 % sans déflation. On est plutôt à 3-3,5 % aujourd'hui. - Les durées sont plafonnées à 25 ans par le HCSF depuis 2022. - Les règles bancaires sont serrées et contrôlées.

La question légitime : si les moteurs sont en panne, est-ce que ça peut continuer à monter ?

La suite de la série

La réponse honnête : oui et non, c'est plus complexe qu'on ne le pense. C'est pour ça que cette vidéo lance une série :

- Vidéo 2 : les 4 raisons sérieuses pour lesquelles l'immobilier va continuer de monter malgré tout. - Vidéo 3 : les 4 raisons sérieuses pour lesquelles l'immobilier pourrait stagner ou baisser sur 20 ans. - Vidéo 4 : l'immobilier professionnel réagit-il pareil que le résidentiel ? - Vidéo 5 : quelle stratégie immobilière est faite pour vous ?

Abonnez-vous pour ne rien rater. Et si vous voulez calculer la rentabilité d'un investissement ou comparer SCPI vs immobilier physique, le simulateur Simupatri.fr est en description.

Questions fréquentes

Pourquoi les prix de l'immobilier ont-ils autant monté depuis 2000 ?

Le moteur principal est le crédit immobilier : baisse des taux (8 % → 1 %), allongement des durées (14 → 21 ans), assouplissement des règles bancaires. Capacité d'emprunt doublée sans hausse équivalente des revenus.

Qu'est-ce que le tunnel de Friggit ?

Le rapport prix immobilier / revenus des ménages, observé sur très longue période. Il est resté stable entre 0,9 et 1,1 de 1965 à 2000, puis a décroché à 1,6 aujourd'hui — soit 60 % au-dessus de la norme.

Comment calcule-t-on le décrochage prix/revenus ?

On divise les indices, on ne soustrait pas les pourcentages. Indice prix 230 ÷ indice revenus 140 = 1,6 (soit +60 % de décrochage). Faire 130 − 40 = 90 % est mathématiquement faux.

Les prix de l'immobilier vont-ils continuer à monter en France ?

Les trois moteurs du crédit (taux, durée, règles) sont à bout : taux remontés à 3-3,5 %, durées plafonnées à 25 ans par le HCSF, règles bancaires serrées. La poursuite de la hausse est désormais incertaine.

Faut-il investir dans l'immobilier en 2026 ?

Cela dépend de votre profil et de votre horizon. Sur 20 ans, les arguments existent dans les deux sens (à venir dans la suite de la série). Le seul moyen de trancher : faire votre simulation chiffrée sur votre situation.