Patrimoine · par Arnaud — Simupatri

Immobilier en France : 4 raisons pour qu'il continue de monter

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L’immobilier va-t-il continuer à monter en France ?

Dans l’article précédent, on a vu que les trois moteurs qui ont porté l’immobilier français pendant 25 ans — la baisse des taux, l’allongement des durées, l’assouplissement des règles bancaires — sont aujourd’hui à bout de course.

La question logique qui suit : si ces moteurs sont en panne, est-ce que l’immobilier va baisser ?

Pas si vite. Il existe quatre raisons sérieuses, indépendantes du crédit, pour lesquelles l’immobilier français peut continuer à monter dans les 25 prochaines années. Cet article fait le tour de chacune, avec les chiffres récents de l’INSEE, du ministère du Logement et des grandes institutions internationales.

⚠️ Cadrage : cet article est le deuxième d’une série de 5. Le prochain prendra le contrepied avec les 4 raisons pour lesquelles l’immobilier pourrait stagner ou baisser. L’objectif n’est pas de pousser une thèse mais de donner les éléments objectifs pour décider.

Raison 1 — La création monétaire mondiale et la contrainte budgétaire des États

Pour comprendre cet argument, il faut sortir du cadre franco-français et regarder le monde.

Une dette publique mondiale historique

En 2026, la dette publique mondiale dépasse 100 000 milliards de dollars, soit 95 % du PIB mondial. Tous les grands pays sont sur-endettés en même temps :

PaysDette publique / PIB
France116 %
États-Unis122 %
Italie137 %
Chine96 % (officiel — bien plus en réalité)
Japon235 %

Pourquoi ça pèse sur les taux

Ces États ne peuvent plus se permettre des taux d’emprunt élevés durablement. Aux États-Unis, la charge de la dette dépasse 1 100 milliards de dollars par an, soit plus que le budget de la défense. La France, l’Italie ou le Japon font face à la même contrainte.

Les banques centrales sont structurellement contraintes de maintenir des taux bas. Pas par choix idéologique, mais par contrainte budgétaire de leurs États. Et la synchronisation est mondiale : si la BCE durcit unilatéralement pendant que la Fed assouplit, l’euro s’apprécie, l’industrie européenne perd en compétitivité face aux États-Unis et à la Chine.

Conséquence concrète : la masse monétaire euro

AnnéeMasse monétaire zone euro
20089 500 Md€
2026> 17 000 Md€
Évolution+80 %

+80 % de masse monétaire en 18 ans. Une partie de cette monnaie cherche un actif refuge — et l’immobilier, biens tangibles indexés sur l’inflation, en absorbe une part majeure. Tant que les États ne peuvent pas se désendetter sans relâcher la pression monétaire, le contexte reste structurellement haussier sur les actifs réels.

Raison 2 — Le paradoxe démographique français

C’est la raison la moins bien comprise, et celle où le grand public se trompe le plus.

Tout le monde regarde la population. Mauvaise variable.

« La population française stagne, donc la demande de logement va stagner, donc les prix vont stagner. » Ce raisonnement, qu’on entend partout, est faux.

Oui, la population stagne — on va rester autour de 68 millions d’habitants à l’horizon 2050. Mais ce qui détermine la demande de logement, ce n’est pas la population — c’est le nombre de ménages.

Le vrai chiffre : +3,5 millions de ménages d’ici 2050

Selon l’INSEE, le nombre de ménages en France métropolitaine va augmenter de 3,5 millions d’ici 2050, alors que la population stagne. Comment ? À cause de la décohabitation — et 90 % de cette hausse vient de ménages d’une seule personne.

Trois moteurs de la décohabitation

MoteurEffet d’ici 2050
Vieillissement (allongement durée de vie après veuvage)+2 millions de seniors seuls
Séparations (≈ 120 000 divorces / an, 3× plus qu’en 1970)Plusieurs millions de ménages éclatés
Célibat tardif (installation en couple repoussée)Croissance des ménages 18-35 ans

Le besoin de construction qui en découle

Il faut construire environ 152 000 logements par an juste pour absorber la décohabitation. Et c’est avant de prendre en compte :

  • le remplacement du parc existant (logements détruits, démolitions…)
  • les flux migratoires (entrées et sorties)
  • le rééquilibrage géographique (déménagements vers les zones tendues)

Au total, le besoin réel monte à 400 000 logements par an — chiffre confirmé par plusieurs études récentes (voir Raison 3).

Raison 3 — On construit de moins en moins en France

La construction neuve s’effondre

AnnéeLogements commencés
2017 (pic récent)419 000
2023287 000
2024280 000
2025291 000
Chute vs pic 2017−43 %

Pourquoi ce décrochage

Quatre causes cumulées :

  • Hausse des taux qui a refroidi les promoteurs (rentabilité des projets en chute)
  • Coûts de construction qui ont explosé (matériaux, main-d’œuvre, normes environnementales RE2020)
  • Normes environnementales plus contraignantes (RE2020, performance énergétique)
  • Communes qui accordent moins de permis (résistance des élus locaux face aux nouveaux projets)

Le déficit accumulé : 1,5 million de logements

Selon l’étude UNAM-ESPI 2024 et les chiffres du ministère du Logement, les besoins en logements neufs sont estimés à 400 000 par an jusqu’en 2030. Avec 287 000 construits, on accumule un déficit annuel d’environ 110 000 logements.

Le déficit accumulé sur ces dernières années atteint, selon le service statistique du ministère, environ 1,5 million de logements.

Quand l’offre est structurellement sous la demande dans les zones tendues, ça crée mécaniquement une pression haussière sur les prix. C’est de la mécanique économique pure.

Raison 4 — Le ZAN, ce séisme silencieux qui change tout

C’est probablement la raison la plus structurelle des quatre — et celle dont l’impact se déploiera sur 25 ans.

Qu’est-ce que le ZAN ?

Le ZAN (Zéro Artificialisation Nette) est un objectif inscrit dans la loi Climat et Résilience de 2021. Deux paliers :

ÉchéanceObjectif
2031Diviser par 2 le rythme d’artificialisation des sols
2050Zéro artificialisation nette

Concrètement, on ne pourra plus transformer librement des terres agricoles ou naturelles en zones constructibles. Le robinet du foncier nouveau se ferme.

Trois conséquences mécaniques sur les prix

1. Le foncier urbanisable devient une ressource non renouvelable

Les terrains constructibles existants vont se valoriser mécaniquement par effet de rareté. C’est exactement le mécanisme qui a fait flamber les zones contraintes (PACA littoral, Île-de-France, Annecy, Bordeaux centre) ces dix dernières années — généralisé à toute la France.

2. La densification forcée des centres urbains

Les promoteurs vont reporter leur effort sur la rénovation et la densification des centres urbains existants. Plus question d’étaler en périphérie. Cela favorise :

  • La valeur des biens en centre-ville (densification → demande accrue)
  • Les opérations de surélévation et de reconversion (plus complexes, plus chères)
  • Les fonciers déjà urbanisés (lots constructibles, parcelles à diviser)

3. Les coûts de construction vont monter

Trois facteurs :

  • Construire en zone urbaine dense coûte plus cher (logistique, accès, voisinage)
  • Rénover coûte plus cher que démolir-reconstruire sur les opérations comparables
  • Les normes environnementales du neuf (RE2020, isolation, ventilation) pèsent fortement sur le coût au m²

Cette hausse des coûts de construction se répercute sur les prix de vente du neuf, qui à leur tour soutiennent les prix de l’ancien.

Pourquoi le ZAN est sous-estimé

Personne n’en parle dans les conversations courantes. Pourtant, c’est la transformation la plus profonde du marché immobilier français pour les 25 prochaines années. Et elle joue mécaniquement à la hausse sur les prix existants, indépendamment du crédit, indépendamment des taux, indépendamment de la conjoncture.

Le bonus que vous n’attendez pas : un changement de paradigme bancaire ?

Petit point d’honnêteté intellectuelle. Quand on dit que les trois moteurs du crédit sont à bout de course, c’est vrai en France aujourd’hui. Mais ce n’est pas définitivement bloqué.

Imaginez un changement de paradigme bancaire : des prêts qui se transmettent entre générations (modèles qui existent au Japon ou dans certains pays nordiques), des durées de 40 à 50 ans sur logements familiaux, des prêts pour primo-accédants à conditions ultra-préférentielles. Ces dispositifs existent déjà ailleurs dans le monde. Ils peuvent arriver en France — l’histoire des conditions de crédit françaises depuis 1965 montre que les règles bougent.

Si ce changement de paradigme arrive, le quatrième moteur — celui qui n’existe pas encore — pourrait relancer le cycle haussier.

Les 4 raisons en synthèse

#RaisonMécanismeImpact
1Création monétaire mondiale+80 % masse monétaire euro depuis 2008, contrainte budgétaire des ÉtatsSoutien général aux actifs réels
2Paradoxe démographique+3,5 M ménages d’ici 2050 (90 % d’1 personne)Demande structurelle accrue
3Construction en chute287 000 vs 400 000 nécessaires, déficit 1,5 MOffre insuffisante
4ZANFoncier non-renouvelable, densification, coûts constructionPression structurelle 25 ans

Mais ça ne veut pas dire monter sans nuance

Important à garder en tête : ces 4 raisons jouent à la hausse au niveau macro, mais elles ne disent rien du marché spécifique où vous voulez investir.

Une métropole en perte de vitesse économique peut très bien stagner, malgré ces moteurs macro positifs. Une zone tendue avec un employeur unique peut s’effondrer si l’employeur ferme. Le marché immobilier est régional, pas national.

C’est pour ça que votre simulation chiffrée, sur votre bien, dans votre zone, reste indispensable :

La suite de la série

Cet article est le 2ᵉ d’une série de 5 :

  1. Pourquoi les prix de l’immobilier ont autant monté en France ? — Les 3 moteurs du crédit, à bout aujourd’hui
  2. Cet article — 4 raisons pour lesquelles ça peut continuer de monter
  3. À venir — 4 raisons pour lesquelles l’immobilier pourrait stagner ou baisser sur 20 ans
  4. À venir — L’immobilier professionnel réagit-il pareil que le résidentiel ?
  5. À venir — Quelle stratégie immobilière est faite pour vous selon votre profil ?

L’objectif n’est pas de pousser une thèse mais de donner les éléments objectifs pour que vous décidiez en connaissance de cause.

Transcript intégral de la vidéo

Dans la précédente vidéo, je vous expliquais que les trois moteurs qui ont porté l'immobilier français pendant 25 ans (taux, durée, règles bancaires) sont à bout de course. La question logique : si ces moteurs sont en panne, est-ce que l'immobilier va baisser ?

Pas si vite. Il existe quatre raisons sérieuses pour lesquelles l'immobilier français peut continuer à monter malgré tout.

Raison 1 — La création monétaire et la contrainte budgétaire mondiale

Sortons du cadre franco-français. En 2026, la dette publique mondiale a dépassé 100 000 milliards de dollars, soit 95 % du PIB mondial. Tous les grands pays sont sur-endettés en même temps : États-Unis 122 %, France 116 %, Italie 137 %, Chine 96 % officiellement (beaucoup plus en réalité), Japon 235 %.

Conséquence : ces États ne peuvent plus se permettre des taux d'emprunt élevés durablement. Aux États-Unis, la charge de la dette dépasse 1 100 milliards de dollars par an, plus que le budget de la défense.

Les banques centrales du monde entier sont structurellement contraintes de maintenir des taux bas. Pas par choix idéologique mais par contrainte budgétaire de leurs États. Et quand une banque centrale durcit unilatéralement, elle pénalise sa propre économie : si la BCE remonte les taux pendant que la Fed les baisse, l'euro s'apprécie, l'industrie européenne perd en compétitivité. Toutes les banques centrales se synchronisent.

Conséquence concrète : depuis 2008, la masse monétaire en circulation dans la zone euro est passée de 9 500 milliards d'euros à plus de 17 000 milliards aujourd'hui. +80 % en 18 ans.

Raison 2 — Le paradoxe démographique français

Tout le monde dit que la population française stagne — c'est vrai, on va rester autour de 68 millions d'habitants à l'horizon 2050. Beaucoup en concluent que la demande de logement va stagner et donc les prix aussi. C'est faux.

Selon l'INSEE, le nombre de ménages en France métropolitaine va augmenter de 3,5 millions d'ici 2050. Pendant que la population stagne. Comment ? À cause de la décohabitation. Près de 90 % de cette hausse vient de ménages d'une seule personne.

Trois moteurs principaux :

- Le vieillissement : avec l'allongement de la durée de vie après veuvage, plus de 2 millions de seniors resteront seuls dans leur logement d'ici 25 ans. - Les séparations : environ 120 000 divorces par an, 3 fois plus qu'en 1970. - Le célibat tardif : les jeunes s'installent en couple beaucoup plus tard.

Conséquence : il faut construire environ 152 000 logements par an juste pour absorber la décohabitation. Avant même de parler du remplacement du parc existant ou des migrations.

Raison 3 — On construit de moins en moins en France

En 2017 (pic récent), la France a commencé 419 000 logements. En 2023 et 2024, on est tombé à 287 000 et 280 000 logements commencés. Une chute de 43 % par rapport au pic. En 2025, 291 000 logements commencés.

Pourquoi ce ralentissement ? La hausse des taux a refroidi les promoteurs. Les coûts de construction ont explosé. Les normes environnementales sont plus contraignantes. Les communes accordent moins de permis.

Or selon l'étude UNAM-ESPI 2024, les besoins en logements neufs sont estimés à 400 000 par an jusqu'en 2030, selon les études les plus récentes du ministère du Logement. 400 000 besoins, 287 000 construits — le déficit est massif. Selon le service statistique du ministère, le déficit accumulé sur ces dernières années atteint environ 1,5 million de logements.

Quand l'offre est structurellement sous la demande dans les zones tendues, ça crée mécaniquement une pression haussière sur les prix.

Raison 4 — Le ZAN, ce séisme silencieux

Le ZAN, c'est Zéro Artificialisation Nette, objectif posé par la loi Climat et Résilience de 2021. Deux objectifs nationaux :

- Diviser par 2 le rythme d'artificialisation des sols d'ici 2031 - Atteindre le zéro artificialisation nette en 2050

Concrètement, on ne pourra plus transformer librement des terres agricoles ou naturelles en zones constructibles. Trois conséquences majeures :

1. Le foncier urbanisable devient une ressource non renouvelable. Les terrains constructibles vont se valoriser mécaniquement par effet de rareté. 2. Densification forcée. Les promoteurs vont reporter leur effort sur la rénovation et la densification des centres urbains existants. 3. Coûts de construction en hausse. Construire en zone urbaine dense coûte plus cher. Rénover coûte plus cher que démolir-reconstruire. Les normes environnementales du neuf coûtent plus cher.

Le ZAN est une transformation profonde du marché immobilier français pour les 25 prochaines années, qui joue mécaniquement à la hausse sur les prix existants.

Point d'honnêteté intellectuelle

Quand je dis que les trois moteurs du crédit sont à bout, c'est vrai aujourd'hui en France. Mais imaginez un changement de paradigme bancaire — des prêts qui se transmettent entre générations, des modèles qu'on observe ailleurs dans le monde et qui pourraient arriver chez nous. On en parlera en bonus de cette série.

Conclusion

Les moteurs sont à bout de course aujourd'hui en France, mais pas définitivement bloqués. Dans la prochaine vidéo, le contrepied : les 4 raisons sérieuses pour lesquelles l'immobilier pourrait baisser. Avant de vous dire quelle stratégie adopter.

Questions fréquentes

Pourquoi l'immobilier français peut-il continuer à monter malgré la hausse des taux ?

Quatre raisons : la création monétaire mondiale, la décohabitation des ménages, la chute de la construction neuve et le ZAN qui raréfie le foncier urbanisable. Chacune joue à la hausse, indépendamment du crédit.

Combien de ménages supplémentaires en France d'ici 2050 ?

Selon l'INSEE, 3,5 millions de ménages supplémentaires d'ici 2050, alors que la population stagne. 90 % de cette hausse vient de ménages d'une seule personne (vieillissement, séparations, célibat tardif).

Combien de logements faut-il construire chaque année en France ?

Environ 400 000 par an selon l'étude UNAM-ESPI 2024 et le ministère du Logement. La France n'en construit que 280-290 000 depuis 2023, soit un déficit annuel d'environ 110 000 logements.

Qu'est-ce que le ZAN et comment affecte-t-il les prix ?

Le ZAN (Zéro Artificialisation Nette) impose de diviser par 2 l'artificialisation des sols d'ici 2031 et de l'annuler en 2050. Le foncier urbanisable devient rare et les coûts de construction montent — pression haussière mécanique.

La masse monétaire en zone euro a-t-elle vraiment explosé ?

Oui. La masse monétaire est passée de 9 500 milliards d'euros en 2008 à plus de 17 000 milliards en 2026 — +80 % en 18 ans. Cette inflation monétaire pousse mécaniquement la valeur des actifs réels comme l'immobilier.